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Quand le succès ne suffit plus : +15 ans de carrière, l'IA, la concurrence et le paradoxe du sens

  • Nicolas Revol
  • il y a 3 jours
  • 4 min de lecture

Je suis psychologue du travail.

Depuis 2008, j'ai exploré le recrutement tech sous toutes ses coutures : recruteur, manager, DRH en ESN, expert sourcing, formateur.

Bref je suis tombé dans la marmite du recrutement encore tout petit et c’est devenu une passion. En 2023, j'ai sauté le pas de l'entrepreneuriat en créant mon cabinet dédié au sourcing et à la chasse dans la tech.


Issu d’une famille de classe moyenne, parents salariés toute leur vie…Sur le papier, c'est la réussite selon mon idéal : Le chiffre d'affaires est là et me permet de vivre (et non je ne suis pas tous les mois au smic linkedin), l'expertise est reconnue (en tout cas par ceux qui comptent selon moi) et j'ai enfin le temps de voir grandir mes enfants de 4 et 7 ans (à date de cet article).


Et pourtant…


un vide s'est installé.


L'ennui a remplacé la passion, et le stress quotidien n'est plus compensé par le plaisir de faire mon métier.

En disséquant ma propre situation avec mes outils de psychologue (et aussi parce que j’adore explorer et comprendre), j'ai réalisé que ce passage à vide obéit à des mécanismes théoriques bien documentés.


Et si je les partage ici, c’est un peu pour en faire une maïeutique mais aussi parce que je suis sûr que parmi vous, d’autres ont le même sentiment.

 

1ère théorie : L'effet de la Reine Rouge : la fuite en avant de l'expert

En biologie évolutive, l'hypothèse de la Reine Rouge (théorisée par Leigh Van Valen et tirée du personnage d'Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll) stipule qu'une espèce doit constamment évoluer et courir juste pour maintenir son équilibre face à un environnement qui change.


La Reine Rouge le dit explicitement à Alice : « Ici, il faut courir aussi vite que possible pour rester à la même place. Si on veut aller ailleurs, il faut courir au moins deux fois plus vite que ça ! »


Transposé au monde du travail, c'est exactement ce qui se produit avec la prolifération des cabinets indépendants et collectif et l'arrivée massive de l'IA.


Malgré + de 15 ans d'expérience, je passe 40 à 60 % de mon temps opérationnel à faire de la réassurance : prouver ma valeur, justifier mes tarifs, expliquer pourquoi mon analyse humaine surpasse un algorithme (pour l’instant mais rien ne dit que cela va durer encore longtemps).


Cette énergie n'est plus investie dans la création de valeur ou la résolution de problèmes complexes ; elle est consommée par la nécessité de maintenir mon statut.

Dans cette logique, on épuise ses ressources non pas pour progresser, mais pour ne pas régresser.


2ème théorie : La théorie de l'autodétermination : le piège de la motivation


Modélisée par les psychologues Edward Deci et Richard Ryan, la Théorie de l'Autodétermination (TAD) pose que le bien-être et la motivation reposent sur la satisfaction de trois besoins psychologiques fondamentaux :


  • L'autonomie : Le sentiment d'être l'auteur de ses choix.

  • La compétence : Le sentiment d'efficacité et de maîtrise dans son activité.

  • L'affiliation (la relation aux autres ou le sens) : Le sentiment d'avoir un impact utile et d'être connecté aux autres.


Selon cette théorie on distingue 3 types de motivation selon notre degré d’autonomie : intrinsèque, extrinsèque et amotivation (absence de motivation).


En créant Source to Match, j'ai répondu au besoin d'autonomie (Youpi !).

Mais j’ai peu à peu fermé la porte aux deux autres.


La pression commerciale constante et l'obligation de se justifier remettent sans arrêt en question le sentiment de compétence, tout en diminuant le sens.

La motivation intrinsèque (faire une action pour le plaisir pur qu'elle procure) s'est effacée derrière une motivation extrinsèque de justification et de maintien de l'activité (car il faut bien manger !).

Or, quand un métier ne repose plus que sur la contrainte ou la pression, l'usure psychologique arrive très vite.


3ème théorie : La courbe en U du bonheur : le creux de la quarantaine

Après l'enthousiasme des débuts, la satisfaction chute progressivement pour atteindre son point le plus bas entre 40 et 48 ans (soit après 15 à 25 ans de carrière).

Ce phénomène n'est ni un échec personnel ni une anomalie : c'est le moment de friction où les attentes de début de carrière se confrontent à la réalité du terrain, et où l'accumulation de succès matériels ne suffit plus à nourrir l'individu (tout comme une enquête de l’Insee qui a démontré il y a 1 an ou 2 qu’à partir d’un certain montant de revenu mensuel, le sentiment de satisfaction n’augmente presque plus).


La bonne nouvelle observée par la recherche ? Cette courbe remonte naturellement dans la seconde partie de carrière, à condition d'effectuer un réalignement conscient entre ses valeurs et son quotidien.



Alors comment réinventer la suite ?


Je n’ai pas encore la réponse et j’aime toujours ce que je fais (la plupart du temps).


Si je partage cette analyse, c'est parce que cette phase d'insatisfaction ne doit pas être vécue comme une fatalité, mais comme un signal d'alarme utile. Le problème n'est pas le manque de compétences, mais le décalage entre l'effort fourni et le sens récolté.


Vous qui avez 10, 15 ou 20 ans (ou plus) de carrière : avez-vous déjà ressenti ces effets?


Comment avez-vous rééquilibré vos besoins fondamentaux quand la fatigue du quotidien professionnel a pris le dessus ?

 

 
 
 

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